2. Imposition des investissements directs canadiens à létranger
Revenu tiré dune entreprise exploitée activement par une société étrangère affiliée
2.1 Le régime dimposition de linvestissement canadien à létranger englobe les règles fiscales canadiennes se rapportant au revenu tiré des investissements étrangers effectués par des résidents canadiens. Ces investissements se classent comme suit :
- Investissements de portefeuille à létranger. Il sagit dinvestissements passifs sous forme dactions, dobligations et deffets similaires de sociétés et dentités étrangères.
- Investissement direct à létranger. Linvestisseur est propriétaire ou détient un intérêt majoritaire dans une entité étrangère, ce qui lui donne un poids important dans la gestion des activités commerciales de cette entité. Le présent document sintéresse particulièrement à linvestissement direct à létranger.
2.2 Le régime fiscal du Canada prévoit que les résidents canadiens sont imposés sur leurs revenus mondiaux. Il en résulte quun revenu de source étrangère peut être imposé deux fois : dabord dans la juridiction étrangère où le revenu est gagné et par la suite au Canada. Pour éviter une telle double imposition, les règles fiscales canadiennes accordent un crédit pour impôt étranger qui vient réduire limpôt canadien qui serait autrement perçu sur le revenu de source étrangère dun contribuable canadien.
2.3 Dans le cas dun investissement de portefeuille, le crédit pour impôt étranger prévoit un allègement au titre des retenues dimpôt prélevées à létranger sur le revenu. Par exemple, un dividende de 100 $ reçu par un contribuable canadien à légard dun investissement de portefeuille sous forme dactions dune société étrangère peut faire lobjet dune retenue dimpôt étranger de 15 %, soit 15 $. Ces 15 $ sont admissibles à un crédit pour impôt étranger qui vient réduire limpôt canadien dû sur le dividende reçu.
2.4 Dans le même ordre didée, la société étrangère qui verse le dividende est probablement assujettie à limpôt sur le revenu étranger. Si le dividende de 100 $ était tiré de gains ayant été assujettis à un taux dimposition du revenu des sociétés de 30 %, les revenus avant impôt nécessaires pour verser le dividende de 100 $ seraient denviron 143 $ (143 $ [143 $ x 30 %] = 100 $). Dans le cas dun revenu tiré dun investissement de portefeuille, aucun allègement fiscal canadien nest prévu à légard de cet impôt étranger de 43 $.
2.5 La plupart des régimes de fiscalité internationale, y compris celui du Canada, imposent les dividendes tirés dinvestissements directs à létranger de façon différente et offrent un allégement à légard de limpôt étranger déjà payé sur les gains à partir desquels le dividende est versé (cest-à-dire, limpôt étranger de 43 $ cité dans lexemple précédent). Cet impôt est généralement désigné comme le « montant intrinsèque dimpôt étranger » .
2.6 De façon générale, lallègement fiscal au pays à légard dun montant intrinsèque dimpôt étranger est accordé selon lune des deux méthodes suivantes : sous forme de crédit ou dexemption. Bien quil existe de nombreuses variations et règles spéciales régissant la façon dont le crédit ou lexemption est accordé ou calculé, tous les régimes sont généralement fondés sur lune de ces deux méthodes. Le régime canadien comprend des éléments des deux méthodes, tel quexpliqué plus en détail ci-après.
2.7 En vertu dun régime de crédit pour impôt étranger, si le montant intrinsèque dimpôt étranger payé équivaut à limpôt canadien à payer ou est plus élevé que celui-ci, aucun impôt canadien supplémentaire ne doit être payé lorsque le dividende est reçu par un actionnaire canadien. Si le montant intrinsèque dimpôt étranger est moindre que limpôt canadien à payer, alors un impôt supplémentaire sera perçu. À titre dexemple, si le taux dimposition étranger est de 20 % et le taux canadien, de 30 %, alors un taux supplémentaire de 10 % sera généralement perçu sur le dividende.
2.8 En vertu dun régime dexemption, le dividende étranger est simplement exonéré dimpôt au pays, ce qui évite davoir à calculer le crédit pour impôt étranger, un calcul parfois très complexe. À titre dexemple, au Canada, le régime dexemption vise certains dividendes tirés dun revenu provenant dune entreprise exploitée activement. Dans certains pays, dautres conditions peuvent aussi sappliquer, comme une période de détention obligatoire des actions de la société étrangère.
2.9 Outre la complexité du calcul des crédits pour impôt étranger, dautres facteurs entrent en jeu au moment de choisir entre un régime dexemption et un régime de crédit pour impôt étranger. Certaines théories économiques qui peuvent influer sur le choix de lun des régimes sont décrites dans lencadré suivant.
| Points de vue économiques sur limposition des revenus tirés de linvestissement direct à létranger |
|---|
En plus dêtre équitable et simple, un bon régime fiscal devrait être efficient sur le plan économique : il devrait imposer le fardeau le moins lourd possible à léconomie tout en générant son revenu cible. Limposition des revenus dentreprises de source étrangère influe non seulement sur la compétitivité des multinationales, mais peut également affecter les décisions dinvestissement et dépargne des contribuables et changer la structure de propriété des actifs commerciaux entre les entreprises. Les économistes ont identifié trois objectifs quun pays pourrait adopter pour assurer la neutralité de son régime dimposition des revenus tirés dinvestissements directs à létranger :
Divers pays, toutefois, ont des taux dimposition différents pour les revenus tirés des investissements directs à létranger. Pour cette raison, il est impossible quun seul ensemble de règles fiscales satisfasse aux trois normes de neutralité. À titre dexemple, limposition de revenus provenant dune entreprise à létranger sur une base de comptabilité dexercice, assortie dun crédit pour impôt étranger payé sur ces revenus, satisfait à la norme NEC, mais non aux normes NIC ou NPC. En revanche, le fait dexonérer les revenus provenant dune entreprise à létranger satisfait aux normes NIC et NPC, mais peut-être pas à la norme NEC puisque linvestissement étranger pourrait alors être traité plus favorablement que linvestissement effectué au pays. Évidemment, les pays tiennent compte de plusieurs facteurs autres que la neutralité, dont la compétitivité, lorsquils conçoivent leur régime fiscal. |
Alternatives concernant limposition du revenu tiré dune entreprise exploitée activement, gagné indirectement via des sociétés étrangères
2.10 De façon générale, un pays dispose de quatre grandes options quant à la façon dimposer les revenus tirés dune entreprise exploitée activement, gagnés indirectement par des contribuables résidents :
- imposition sur une base globale ou de comptabilité dexercice;
- imposition différée avec crédit;
- exemption partielle et imposition partielle différée avec crédit (le « régime canadien » );
- exemption complète.
2.11 En général, le revenu passif gagné indirectement via des sociétés étrangères contrôlées est imposé sur une base de comptabilité dexercice. La signification de comptabilité dexercice dans le présent contexte est discutée dans la sous-section suivante. Limposition par le Canada dun tel revenu, par exemple selon les règles concernant le revenu étranger accumulé, tiré de biens (REATB), est aussi discutée plus en détail ci-après, au paragraphe 2.41.
Imposition sur une base globale ou de comptabilité dexercice
2.12 Dans sa forme la plus pure, limposition sur une base globale ou de comptabilité dexercice prévoit que tous les revenus de source canadienne et étrangère gagnés directement et indirectement sont imposables dans le pays de résidence sur une base de comptabilité dexercice (cest-à-dire, au moment où ces revenus sont gagnés), quils soient rapatriés ou non. Un crédit est accordé pour tout montant intrinsèque dimpôt étranger payé relativement à ces revenus.
2.13 Aussi convaincante que puisse sembler cette option, aucun pays membre de lOCDE ou de lUnion européenne (UE) ne lutilise dans sa forme la plus pure pour imposer les revenus dentreprises de source étrangère. Le pays qui sen approche le plus est la Nouvelle-Zélande, bien que cette dernière fasse une exception pour les sociétés étrangères situées dans des pays qui sont sur une « liste grise » . De plus, la Nouvelle-Zélande procède à une réforme en profondeur de sa fiscalité internationale en vue de rendre son régime plus concurrentiel pour les entreprises néo-zélandaises qui investissent à létranger. Elle se rapprochera vraisemblablement dun régime dexemption3.
Imposition différée avec crédit
2.14 Limposition différée avec crédit reporte limposition dun revenu étranger provenant dune entreprise exploitée activement jusquà ce que ce revenu soit remis aux actionnaires résidents. Un crédit est alors accordé pour limpôt étranger versé sur ce revenu. Cette option est utilisée entre autres aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon.
2.15 Limposition différée avec crédit semble offrir un certain mérite. Ainsi, sur le plan de la politique économique, lincitatif, le cas échéant, pour les entreprises canadiennes dinvestir à létranger plutôt quau Canada serait moindre (voir lencadré précédent décrivant la NEC). Cependant, cette option présente aussi des désavantages : elle est plus complexe que le régime dexemption et ses coûts dobservation et dadministration seraient plus élevés pour les contribuables et lARC. Limposition différée avec crédit dissuade aussi les contribuables de rapatrier les bénéfices commerciaux, puisque aucun impôt nest perçu sur ces bénéfices tant quils sont réinvestis à lextérieur du Canada. Limpôt supplémentaire canadien qui serait versé pour les profits étrangers rapatriés pourrait ne pas être élevé, et par conséquent la neutralité relativement à lexportation du capital pourrait ne pas être obtenue4.
Le « régime canadien »
2.16 Les règles canadiennes concernant les sociétés étrangères affiliées ont été mises en place lors de la réforme fiscale de 1972 et sont en vigueur depuis 1976. Bien quelles aient été revues au fil des ans, la prémisse sur laquelle reposent ces règles demeure la même : les revenus dune société étrangère affiliée dun résident canadien tirés dune entreprise exploitée activement par la société étrangère affiliée ne sont pas imposés au Canada tant que ces revenus ne sont pas rapatriés au pays. Une société étrangère affiliée est, en général, une société étrangère dans laquelle un résident canadien détient 10 % ou plus dune classe dactions. Une société étrangère affiliée contrôlée est une société étrangère affiliée qui est contrôlée par un résident canadien ou un petit groupe de résidents canadiens. Dautres règles concernant les actions détenues par des personnes liées ou avec lien de dépendance doivent aussi être prises en compte pour déterminer sil sagit dune société étrangère affiliée ou dune société étrangère affiliée contrôlée.
2.17 Les principaux éléments du régime canadien sont les suivants :
- Les revenus étrangers provenant dune entreprise exploitée activement à létranger, gagnés par une société étrangère affiliée, sont exempts dimpôt au Canada lorsque de tels revenus sont versés sous forme de dividendes à des sociétés canadiennes actionnaires de la société étrangère affiliée, si cette dernière est un résident dun pays avec lequel le Canada a signé une convention fiscale (un « pays ayant signé une convention » ) et que lactivité commerciale y est exercée. En vertu de modifications adoptées récemment, le même traitement est accordé aux revenus provenant dune entreprise exploitée activement, gagnés dans un pays avec lequel le Canada a ratifié un accord déchange de renseignements à des fins fiscales (AERF) détaillé.
- Si une société étrangère affiliée nest pas un résident dun pays ayant signé une convention ou avec lequel le Canada a ratifié un AERF, ou encore que ses activités commerciales ne sont pas menées dans un tel pays, limposition différée avec crédit est appliquée. Si le Canada propose de conclure un AERF avec un pays et quun accord nest pas conclu dans un délai de cinq ans, les revenus provenant dune entreprise exploitée activement, gagnés dans ce pays par des sociétés étrangères affiliées contrôlées, sont imposés au Canada sur une base de comptabilité dexercice.
2.18 Puisque le Canada a ratifié des conventions fiscales avec 86 pays, le régime dexemption sapplique à une proportion importante de lensemble des revenus provenant dentreprises exploitées activement par des sociétés étrangères affiliées. Cependant, le Canada na pas encore ratifié de convention fiscale ou dAERF avec certains pays. Parmi ceux-ci se trouvent quelques pays en voie de développement où des sociétés canadiennes exploitant des mines et des ressources ont effectué dimportants investissements. Le tableau suivant obtenu du ministère des Finances montre les dividendes reçus par les contribuables canadiens de leurs sociétés étrangères affiliées pour les années 2000 à 2005 (voir aussi le paragraphe 2.23).
| Dividendes reçus par les contribuables canadiens de leurs sociétés étrangères affiliées, par type de surplus, de 2000 à 2005 (millions de dollars) | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | |
Dividendes exempts |
5 531 |
8 320 |
8 990 |
11 731 |
9 676 |
10 609 |
Dividendes imposables* |
177 |
1 016 |
527 |
765 |
688 |
1 288 |
Autres dividendes** |
1 770 |
3 786 |
1 289 |
1 918 |
1 924 |
2 167 |
Total |
7 478 |
13 122 |
10 805 |
14 414 |
12 289 |
14 064 |
* Limpôt canadien payé sur les dividendes imposables reçus de sociétés étrangères affiliées, y compris les dividendes inclus à la catégorie « Autres dividendes » , dépend du statut imposable ou non imposable des bénéficiaires et de la mesure dans laquelle ces derniers sont admissibles à demander un allègement à légard de limpôt payé à létranger sur les revenus sous-jacents provenant dune entreprise exploitée activement. Les données actuellement disponibles ne permettent pas destimer de façon fiable les impôts canadiens payés sur les dividendes imposables reçus de sociétés étrangères affiliées. Des travaux sont en cours en vue de rendre ces données plus précises.
** Comprend les dividendes reçus par les entreprises qui ont indiqué que les dividendes étaient versés à partir de plus dun type de surplus (cest-à-dire, surplus exonérés, surplus imposables et surplus antérieurs à lacquisition) ou qui nont pas précisé le type de surplus à partir duquel les dividendes ont été versés.
Source : Agence du revenu du Canada, déclaration de renseignements T1134.
2.19 Tous les revenus étrangers gagnés par la succursale étrangère dune société canadienne, y compris les revenus provenant dune entreprise exploitée activement à létranger, sont généralement assujettis à limpôt canadien sur une base de comptabilité dexercice, un crédit étant accordé pour tout impôt étranger payé.
Exemption complète
2.20 En vertu dun régime dexemption complète, tous les revenus provenant dune entreprise exploitée activement à létranger sont exonérés dimpôt au Canada lorsque versés sous forme de dividendes à des actionnaires canadiens, y compris tout revenu résultant de la vente de biens ou dactions de sociétés étrangères. Par conséquent, en vertu dun régime dexemption complète, il nest généralement pas nécessaire de comptabiliser les gains étrangers ni les montants intrinsèques dimpôt étranger comme il est nécessaire de le faire selon le régime canadien actuel : un revenu gagné indirectement par lintermédiaire de sociétés étrangères est imposable au pays sur une base de comptabilité dexercice lorsquil est gagné, ou alors il ne lest jamais.
Évaluation du régime canadien
2.21 Des améliorations ont été apportées au régime canadien au fil des ans. Étant donné le climat concurrentiel mondial qui prévaut actuellement, le moment est bien choisi pour déterminer sil faut apporter dautres améliorations ou changements importants. Lefficacité du régime actuel à appuyer la compétitivité des entreprises canadiennes œuvrant à létranger, ainsi que les moyens déviter lérosion de lassiette fiscale canadienne, sont des questions à considérer. Latteinte de ces objectifs ne devrait pas se faire au prix de règles complexes auxquelles les contribuables peuvent difficilement se conformer et que lARC peut difficilement administrer.
2.22 Une autre motivation pour le Canada à procéder maintenant à une évaluation de son régime actuel est le nombre de pays qui sont en train de revoir leur régime pour des raisons similaires. Ces pays, notamment la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni, envisagent ladoption de caractéristiques qui amélioreraient leurs régimes dexemption à légard des revenus tirés dentreprises exploitées activement ou délaisseraient limposition sur une base globale ou limposition différée avec crédit au profit dun régime dexemption.
2.23 Tel que mentionné, le régime canadien renferme à la fois des éléments des régimes dexemption et de crédit. Les actionnaires canadiens de sociétés étrangères affiliées doivent par conséquent comptabiliser les « surplus exonérés » et les « surplus imposables » de chaque société étrangère affiliée pour établir comment les dividendes seront imposés une fois versés (les dividendes versés à même les surplus exonérés sont exemptés tandis que ceux versés à partir des surplus imposables sont imposables avec crédit). Le ministère des Finances a proposé des règles qui, entre autres, visent à empêcher les contribuables de créer des surplus exonérés lors de certains types de transactions entre affiliées. Ces règles vont vraisemblablement rendre une telle comptabilisation encore plus complexe.
Options à envisager
2.24 En 1998, le rapport du Comité technique de la fiscalité des entreprises (appelé communément « Rapport Mintz » ) concluait que « [t]out bien considéré […] le régime actuel […] est fondamentalement sain et devrait être maintenu » . Il excluait en particulier la méthode de limposition différée avec crédit, pour les mêmes raisons que celles qui sont mentionnées au paragraphe 2.15. Bien que le Groupe consultatif reconnaisse que limposition différée avec crédit offre certains avantages, il est davis quil nexiste aucune raison convaincante de penser que la conclusion du Comité technique ne sappliquerait plus aujourdhui. Compte tenu du nombre de pays considérant ladoption dun régime dexemption ou lamélioration de leur régime dexemption existant, le Groupe consultatif est davis quil serait plus approprié pour le Canada denvisager le passage à un régime dexemption élargie ou complète.
2.25 La mise en place dun régime dexemption élargie pour tous les dividendes reçus dune société étrangère affiliée ainsi que lexemption possible des gains en capital obtenus de la vente dactions dune société étrangère affiliée seraient compatibles avec les développements survenus récemment sur la scène internationale. Lobservation et ladministration des règles par les contribuables et lARC seraient aussi facilitées, par exemple en réduisant ou éliminant la nécessité de comptabiliser les surplus exonérés et imposables. Par contre, un régime dexemption élargie soulève des enjeux pouvant nécessiter ladoption dautres changements au régime canadien.
Principales questions à étudier relativement à ladoption dun régime dexemption élargie
2.26 Trois questions principales doivent être étudiées au moment de déterminer si le Canada devrait ou non adopter un régime dexemption élargie :
- les conditions requises pour accéder au régime dexemption (par exemple, quels genres de revenus devraient être admissibles);
- le traitement des gains en capital résultant de la vente dactions de sociétés étrangères affiliées;
- la déductibilité des frais engagés au Canada qui se rapportent au gain de revenu exonéré.
Ces questions, ainsi que dautres, sont traitées ci-dessous.
Exemption pour les revenus provenant dune entreprise exploitée activement
2.27 De nouvelles mesures législatives, en vigueur pour les exercices financiers qui commencent après 2008, élargiront la définition des revenus dentreprise étrangers non imposables au moment de leur rapatriement au Canada pour inclure des revenus provenant dune entreprise exploitée activement, gagnés par une société étrangère affiliée dans un pays qui a conclu un AERF avec le Canada. Auparavant, seuls les revenus provenant dune entreprise exploitée activement, gagnés dans un pays ayant signé une convention, étaient admissibles à une telle exemption. Il pourrait sagir de lune des modifications les plus importantes apportées au régime canadien actuel depuis sa mise en place, puisque lexemption nest plus rattachée au revenu gagné dans un pays ayant signé une convention.
2.28 Au moment de lélargissement de la portée de lexemption, on a procédé à lélargissement du REATB, en faisant en sorte quun revenu provenant dune entreprise exploitée activement, gagné dans un pays qui se voit offrir la possibilité de négocier un AERF avec le Canada, devient un REATB si aucun AERF nest négocié dans un délai de cinq ans. Dans ce cas, un revenu provenant dune entreprise exploitée activement, gagné par une société étrangère affiliée contrôlée résidente dans un tel pays, devient imposable immédiatement au Canada, un crédit étant accordé à légard des impôts étrangers payés sur ce revenu.
2.29 Dans un régime dexemption élargie, lexistence dun lien entre une convention fiscale ou un AERF et lexemption accordée pour un revenu étranger provenant dune entreprise pourrait ne plus être requis. Certains pays accordent une exemption en se fondant sur le fait quun revenu est tiré dune entreprise exploitée activement. Ladmissibilité à lexemption est aussi souvent liée à des critères, tels un taux minimal dimposition ou une période minimale de détention des actions de la société versant le dividende.
Admissibilité à titre de société étrangère affiliée
2.30 En vertu des règles canadiennes actuelles, un investissement dans une société étrangère est traité comme un investissement direct à létranger si la société étrangère est une société étrangère affiliée. Les avantages résultant dun tel statut sont ladmissibilité à une exemption ou à un allègement à légard du montant intrinsèque dimpôt étranger payé par la société étrangère affiliée.
2.31 En vertu des règles actuelles, une société étrangère est considérée comme une société étrangère affiliée si linvestisseur canadien détient un intérêt direct ou indirect représentant 10 % dans une des classes dactions de la société étrangère. Dans dautres pays, le seuil de propriété exigé fait en sorte quil faut détenir des actions dans la société étrangère qui représentent un certain pourcentage des actions en circulation, en termes de valeur et/ou de droit de vote.
2.32 Si le Canada adopte un régime dexemption élargie pour les dividendes reçus de sociétés étrangères affiliées, le seuil de propriété déterminant le statut de société étrangère affiliée pourrait devoir être revu.
Gains en capital résultant de la vente dactions dune société étrangère affiliée
2.33 Plusieurs pays offrent une exonération dimpôt non seulement pour les dividendes reçus de sociétés étrangères affiliées, mais aussi pour les gains en capital résultant de la disposition dactions dune société étrangère affiliée. Le fait dexonérer les gains en capital résultant de la vente dactions dune société étrangère affiliée peut être jugé adéquat si le revenu gagné par cette société est aussi exonéré dimpôt au Canada. Il serait nécessaire dexaminer la politique justifiant lexonération des gains résultant de la disposition dactions dune société étrangère affiliée, tandis que limposition des gains en capital résultant de la vente dactions dune société canadienne demeurerait en vigueur.
2.34 En vertu du régime actuel, il est important de continuer à recourir à des comptes de surplus exonérés et de surplus imposables afin de comptabiliser les gains dune société étrangère affiliée. Ces comptes permettent de déterminer la partie du gain en capital imputable à des bénéfices non répartis déjà imposés et aussi la partie du gain qui est imposable et celle qui ne lest pas (voir lencadré ci-dessous). Si les gains en capital résultant de la disposition dactions de la société étrangère affiliée nétaient plus imposables, la tenue de ces comptes pourrait ne plus être nécessaire.
Gains en capital résultant de la vente dactions dune société étrangère affiliée |
|---|
En vertu des règles canadiennes concernant les sociétés étrangères affiliées, si une société qui réside au Canada vend des actions de sa société étrangère affiliée, la société canadienne peut décider quun montant faisant lobjet dune élection sera un dividende plutôt quun produit de disposition. Ainsi, le montant faisant lobjet de lélection est retranché du gain sur les actions autrement établi. En termes plus généraux, ce dividende réputé sera non imposable au Canada dans la mesure où la société étrangère affiliée a accumulé un surplus exonéré ou un surplus imposable qui a déjà été imposé dans la juridiction étrangère à un taux au moins aussi élevé que le taux actuel dimposition canadien. À titre dexemple, supposons quune société canadienne vende des actions dune société étrangère affiliée pour la somme de 10 millions de dollars et que le prix de base de ces actions soit de 6 millions de dollars. Supposons aussi que la société étrangère affiliée dispose dun surplus exonéré de 1,5 million de dollars. En décidant que 1,5 million de dollars provenant du produit de la vente sera un dividende exempté, le gain qui, autrement, aurait été de 4 millions de dollars est réduit de 1,5 million de dollars pour se chiffrer à 2,5 millions de dollars. |
2.35 Si le Canada décide dadopter un régime dexemption élargie en vertu duquel les dividendes reçus dune société étrangère affiliée sont exemptés, mais que les gains en capital résultant de la disposition des actions dune société étrangère affiliée ne le sont pas, il serait nécessaire de conserver une certaine façon de comptabiliser les gains des sociétés étrangères affiliées. Dans un régime fiscal qui accorde une exemption pour les dividendes et aucune exemption pour les gains en capital, un contribuable cherchera en général à réduire le gain en capital imposable en dépouillant la valeur de lentreprise vendue par le truchement du paiement, par cette entreprise, de dividendes non imposables.
2.36 Il est justifié que le Canada dispose de règles étoffées sur le REATB applicables aux revenus passifs, de même quil est justifié de continuer dimposer le gain en capital résultant de la vente dactions dune société étrangère affiliée, si une grande partie de la valeur des actions provient dactivités hors exploitation. En vertu des règles actuelles, et lorsquil sagit dactions dune société étrangère affiliée détenue par une autre société étrangère affiliée, la notion de « bien exclus » permet détablir ce qui est imposable ou non au titre du REATB (voir lencadré ci-dessous). Dautres analyses seraient nécessaires pour déterminer quelles modifications, le cas échéant, devraient être apportées à ce test si le Canada adoptait un régime qui exonère tous les gains en capital provenant de la vente dactions de sociétés étrangères affiliées.
Bien exclu |
|---|
Un « bien exclu » dune société étrangère affiliée est un bien quelle utilise pour gagner des revenus provenant dune entreprise exploitée activement, ou encore des actions dune autre société étrangère affiliée lorsque toute, ou presque toute, la juste valeur marchande des biens de lautre société étrangère affiliée est imputable à des biens exclus. La définition est pertinente, notamment, lorsquune société étrangère affiliée réalise un gain de capital lors de la vente dactions dune autre société étrangère affiliée. En général, un gain en capital résultant de la vente dactions dune société étrangère affiliée qui sont des biens exclus ne constitue pas un REATB. Si les actions ne sont pas des biens exclus, 50 % du gain est un REATB. |
Dépenses attribuables
2.37 La mesure adéquate dun revenu de source étrangère est un aspect important dun régime dexemption. Certains pays qui ont adopté un régime dexemption se sont dotés de règles spéciales à légard des frais encourus au pays et imputables à des revenus étrangers exemptés dimpôt national. Certains de ces pays refusent daccorder une déduction pour de tels frais, tandis que dautres limitent lexemption accordée (par exemple, seulement 95 % du revenu est exonéré) pour refléter les frais qui ont été engagés dans le but de gagner ce revenu.
2.38 Certains pays continuent daccorder une déduction complète des frais dintérêt payés relativement à lachat dactions qui donnent droit à des dividendes exemptés ou dont la disposition résulterait en un gain en capital non imposable.
Autres revenus tirés de sociétés étrangères affiliées
2.39 Les dividendes sont lune des formes de revenus qui sont versés à un actionnaire qui investit dans une société étrangère. Les actionnaires peuvent aussi consentir des prêts à la société et recevoir un revenu sous forme dintérêt. Ils peuvent de même louer un bien (tangible ou intangible) ou concéder à la société étrangère une licence sur un bien quils détiennent. Les loyers ou redevances reçus en contrepartie sont aussi une forme de rendement sur linvestissement. Les intérêts, les loyers et les redevances sont entièrement imposables pour les bénéficiaires canadiens et sont généralement déductibles pour les payeurs étrangers.
2.40 Les capitaux propres et les titres de créance détenus par des actionnaires relativement à des investissements directs sont souvent substituables. En conséquence, en labsence de motivations fiscales, les actionnaires de filiales en propriété exclusive pourraient être indifférents quant à la façon de toucher un rendement, quil sagisse de dividendes, dintérêts, de redevances ou dune combinaison ces derniers.
Questions concernant le revenu tiré dentreprises exploitées activement par des sociétés étrangères affiliées
- Le régime canadien concernant les sociétés étrangères affiliées qui tirent des revenus dentreprises exploitées activement devrait-il conserver sa forme actuelle ou devrait-il être modifié pour en faire un régime dexemption élargie?
- À quelles conditions les contribuables devraient-ils satisfaire pour se prévaloir dun régime dexemption élargie?
- Si le régime dexemption touchant les revenus provenant dune entreprise exploitée activement, gagnés par une société étrangère affiliée est élargie, lier cette exemption à lexistence dun AERF représente-t-elle la meilleure façon datteindre cet objectif? Limposition sur une base de comptabilité dexercice ou un certain régime de crédit devraient-ils sappliquer aux revenus provenant dune entreprise exploitée activement, gagnés par une société étrangère affiliée contrôlée dans un pays nayant pas signé une convention et qui na pas réussi à conclure un AERF avec le Canada?
- Le Canada devrait-il rendre non imposable le gain en capital résultant de la disposition dactions de sociétés étrangères affiliées? Si oui, selon quelles conditions?
- Si le Canada adopte un régime dexemption élargie, est-il nécessaire dadopter des règles supplémentaires concernant les dépenses attribuables au revenu étranger exonéré dimpôt?
- Le Canada devrait-il traiter les autres revenus (comme les intérêts et les redevances) tirés dune société étrangère affiliée de la même façon que les dividendes?
- Le Canada devrait-il envisager daccorder une exemption aux revenus provenant dune entreprise exploitée activement par une succursale étrangère, tout comme il le fait pour les dividendes provenant du revenu tiré dune entreprise exploitée activement, gagné par une société étrangère affiliée?
- Limportance grandissante des entités exonérées dimpôt à titre dinvestisseurs canadiens à létranger soulève-t-elle des questions particulières au sujet des règles canadiennes concernant les sociétés étrangères affiliées?
- Comment modifier les règles concernant les sociétés étrangères affiliées pour en alléger le fardeau réglementaire et administratif quelles imposent aux contribuables et à lARC, tout en sassurant de latteinte des objectifs de politique fiscale sous-jacents à ces règles?
- Y a-t-il dautres questions ou options reliées à limposition des revenus provenant dune entreprise exploitée activement, gagnés indirectement par des sociétés étrangères, qui devraient être revues et étudiées?
Revenu étranger accumulé, tiré de biens
Règles en vigueur
2.41 Au chapitre des revenus passifs, les règles fiscales canadiennes sont similaires à celles de plusieurs autres pays. Elles exigent quun actionnaire qui est un résident canadien inclue dans ses revenus, sur une base de comptabilité dexercice, les sommes qui se rapportent à certains types de revenus gagnés par ses sociétés étrangères affiliées contrôlées, un allègement étant accordé pour tout impôt étranger déjà payé sur ces sommes. Connues sous le nom de règles concernant le revenu étranger accumulé, tiré de bien (REATB), ces règles font partie du régime fiscal canadien depuis le début des années 1970.
2.42 Le REATB englobe les revenus passifs, tels que les intérêts, les dividendes (sauf les dividendes reçus dautres sociétés étrangères affiliées), les redevances, 50 % des gains en capital résultant de la vente de biens qui ne sont pas des biens exclus, et certains autres revenus gagnés par une société étrangère affiliée, cela en vertu de dispositions visant à prévenir lérosion de lassiette fiscale. De plus, certains revenus passifs, qui autrement seraient un REATB, sont considérés comme des revenus provenant dune entreprise exploitée activement lorsque lactivité qui génère le revenu est menée surtout avec des personnes sans lien de dépendance et requiert lemploi de plus de cinq personnes à temps plein. Une exception aux règles concernant le REATB sapplique à certains paiements entre des sociétés étrangères affiliées qui sont liées (voir lencadré ci-dessous).
Exceptions au REATB applicables aux paiements entre affiliés |
|---|
Des exceptions aux règles concernant le REATB peuvent sappliquer dans le cas dintérêts, de redevances et de certains autres paiements. À titre dexemple, un revenu dintérêt dune société étrangère affiliée (SEA1) résultant de paiements faits par une autre société étrangère affiliée (SEA2) nest généralement pas considéré un REATB si la SEA2, entre autres conditions, a déduit lintérêt lors du calcul de ses revenus provenant dune entreprise exploitée activement. Cette exception est généralement désignée sous le nom « dexception applicable aux paiements entre affiliés » . |
2.43 Les règles concernant le REATB sont conçues pour veiller à ce que lassiette fiscale canadienne ne soit pas érodée par des résidents canadiens qui transfèrent des investissements passifs et certaines activités commerciales à des sociétés étrangères affiliées pour éviter ou reporter le paiement dimpôt au Canada. En conséquence, il semble admis que limposition du REATB sur une base de comptabilité dexercice est souhaitable. Puisque les revenus passifs sont très mobiles, en labsence de règles spécifiques, les entreprises canadiennes pourraient facilement transformer un revenu canadien passif en un revenu étranger qui nest pas relié à ses activités commerciales étrangères, et donc nest pas assujetti à limpôt au Canada. Toutefois, un enjeu clé est détablir ce qui constitue un revenu passif par opposition à un revenu dentreprise et la façon de comptabiliser chacun de ces types de revenu.
2.44 À titre dexemple de la façon dont les règles concernant le REATB fonctionnent, supposons quune société canadienne dispose dun excédent de fonds quelle investit dans des titres négociables. Le rendement de ces fonds sera assujetti à limpôt canadien sur le revenu. Des fonds investis dans des titres négociables sont une forme de capital très mobile. Donc, une société canadienne peut assez facilement établir une filiale dans un pays disposant dun taux dimposition très faible, capitaliser cette filiale et la faire investir dans des titres négociables. En labsence des règles concernant le REATB, les revenus tirés des titres négociables seraient assujettis à un très faible impôt sur le revenu jusquà ce quils soient versés comme dividendes à la société canadienne (si jamais cest le cas). Si un tel revenu nest pas considéré comme un REATB, le report et le possible évitement de limpôt à payer au Canada qui en résulteraient pourraient éroder lassiette fiscale canadienne et constitueraient une perte de revenu pour le gouvernement.
2.45 À lheure actuelle, en vertu des règles concernant le REATB, le revenu passif gagné par une société étrangère affiliée qui nest pas une société étrangère affiliée contrôlée nest pas imposé sur une base de comptabilité dexercice au Canada (parce que cette société nest pas « contrôlée » par le groupe canadien). Un tel revenu est néanmoins considéré comme un REATB et assujetti à limposition différée avec crédit au moment de son rapatriement. Ce traitement reflète lopinion qui veut que si la société étrangère affiliée nest pas contrôlée par lactionnaire canadien, les revenus de la société étrangère affiliée ne devraient pas être ajoutés au revenu de lactionnaire canadien, tant que ce revenu nest pas rapatrié sous forme de dividende.
2.46 Outre les règles concernant le REATB, le gouvernement a proposé des modifications aux règles sur les « entités de placement étrangères » (EPE), lesquelles attribuent les revenus passifs de façon semblable aux règles concernant le REATB et sappliquent en certaines circonstances qui sont hors de la portée des règles concernant le REATB. À titre dexemple, les règles concernant le REATB attribuent seulement les revenus passifs aux actionnaires canadiens sur une base de comptabilité dexercice si laffilié est une société étrangère affiliée contrôlée. Un des buts des règles sur les EPE est dimposer sur une base de comptabilité dexercice, dans certaines circonstances, les revenus passifs qui ne seraient pas autrement imposés en vertu des règles concernant le REATB, parce que la société étrangère nest pas une société étrangère affiliée contrôlée.
2.47 La description précédente ne donne quun bref aperçu de la portée et de la complexité de ces règles. Une description complète de leur fonctionnement dépasse la portée du présent document. Les règles proposées sur les EPE ont été publiées en 1999 et ont subi de nombreuses révisions par la suite5. Certains prétendent que ces règles sont trop complexes; dautres soutiennent quelles sont nécessaires pour veiller à ce que les règles concernant le REATB ne soient pas contournées au moyen dautres structures permettant de gagner des revenus passifs indirectement.
Questions à étudier touchant le REATB
2.48 Tel que mentionné, le REATB gagné par une société étrangère affiliée non contrôlée est assujetti à limposition différée avec crédit. La question se pose à savoir si ce REATB devrait continuer à être imposable sur une base différée avec crédit (lors du rapatriement), advenant ladoption dun régime dexemption élargie. Si cétait le cas, il faudrait pouvoir comptabiliser ces gains et le montant intrinsèque dimpôt étranger afférent. Ou encore, un REATB gagné par une société étrangère affiliée non contrôlée pourrait être exonéré dans la mesure où les règles sur les EPE sappliqueraient à tout revenu passif devant être imposé sur une base de comptabilité dexercice.
Dispositions contre lérosion de lassiette fiscale
2.49 Les dispositions contre lérosion de lassiette fiscale visent certaines transactions en vertu desquelles une société étrangère affiliée dun contribuable résident canadien tire un revenu qui est jugé lié à une activité commerciale menée au Canada ou à des personnes qui sont des résidents canadiens. Les transactions visées ont pour effet de diminuer lassiette fiscale canadienne. Lexemple fourni dans lencadré ci-dessous illustre une des situations où ces dispositions peuvent sappliquer.
Dispositions contre lérosion de lassiette fiscale |
|---|
Lexemple qui suit illustre le fonctionnement général des dispositions contre lérosion de lassiette fiscale. Supposons quune société canadienne (« SoCan » ) décide de confier en sous-traitance la production dun produit à une entreprise sans lien de dépendance située dans le pays A (« SoFabri » ). Le coût du produit pour SoCan est de 60 $ et la société canadienne sattend à vendre le produit 100 $ à ses clients canadiens. Si les coûts de transport sont de 5 $ et les autres coûts (par exemple, coûts administratifs et financiers) sont de 15 $, les coûts additionnels sont alors de 20 $ et le profit total est aussi de 20 $ (cest-à-dire, 100 $ [60 $ + 15 $ +5 $]). SoCan pourrait procéder à une restructuration, créer une filiale en propriété exclusive dans une juridiction étrangère à faible fardeau fiscal (« SoFil » ) et demander à SoFil dacheter le produit de SoFabri. SoFil assumerait les risques inhérents au transport du produit entre le pays A et le Canada et effectuerait dautres tâches, comme agir à titre dacheteur principal pour tout le groupe de sociétés. Les flux de revenus ne seraient alors plus les mêmes : SoFil achèterait le produit de SoFabri pour 60 $ et le vendrait à SoCan pour, disons, 70 $, réalisant ainsi un profit. SoCan engagerait des dépenses additionnelles de 15 $ (puisque SoFil assume les coûts de transport) et son profit serait de 15 $ (cest-à-dire, 100 $ [70 $ de coût de production + 15 $ de coûts administratifs]). Le résultat final est que SoFil réalise maintenant un profit de 5 $ et que le profit de la société canadienne a diminué de 5 $ pour sétablir à 15 $ le profit final de tout le groupe demeurant à 20 $. Avant larrivée de SoFil, les 20 $ de profit étaient assujettis à limpôt sur le revenu canadien. En labsence de dispositions contre lérosion de lassiette fiscale, seulement 15 $ sont maintenant imposables au Canada et les autres 5 $ sont imposables dans la juridiction ayant un fardeau fiscal moins important. Les dispositions contre lérosion de lassiette fiscale cherchent à imposer ce profit de 5 $ réalisé par SoFil en tant que REATB. Des règles similaires visent à assujettir à limpôt les profits liés au revenu provenant de services et dautres transactions financières ayant le même effet. Ces règles prévoient de nombreuses exceptions. À titre dexemple, si SoFil tire plus de 90 % de ses revenus bruts de transactions avec des parties sans lien de dépendance, alors son profit (5 $ dans lexemple donné) nest pas considéré comme un REATB. Cette exception illustre le fait que si une filiale fait affaire avec des tiers, alors cette dernière na pas été créée principalement dans le but de transférer des profits à lextérieur du Canada. |
2.50 Les dispositions contre lérosion de lassiette fiscale sappliquent à des transactions ou activités qui permettent à une société étrangère affiliée de tirer un revenu de la vente de biens (lorsque le coût du bien est pertinent lors du calcul du revenu dun contribuable qui est un résident canadien) et de certains services et transactions financières.
2.51 Une exception est faite à ces règles lorsquune filiale fabrique ou fait fabriquer son produit au même endroit où la filiale a été constituée en personne morale. Selon cette exception, une filiale américaine dune société mère canadienne peut vendre à sa société mère canadienne un produit quelle fabrique ou confie en sous-traitance aux États-Unis, sans que les revenus tirés de cette vente ne soient considérés comme un REATB. Toutefois, il est fréquent que des entreprises étrangères fabriquent et confient en sous-traitance un produit dans plus dune juridiction. Il serait à propos de revoir les dispositions contre lérosion de lassiette fiscale pour déterminer si celles-ci sappliquent de façon adéquate à de telles transactions.
2.52 Parfois, on peut soutenir que les règles touchant les prix de transfert devraient protéger adéquatement lassiette fiscale canadienne contre cette forme dérosion. Dans dautres situations, il existe une incertitude concernant lefficacité de ces règles.
Questions concernant le revenu étranger accumulé, tiré de biens
- Si le Canada adopte un régime dexemption élargie, la portée des règles concernant le REATB devrait-elle être modifiée? Par exemple, le Canada devrait-il envisager de modifier les dispositions contre lérosion de lassiette fiscale?
- Comment le test du bien exclu pourrait-il être modifié pour quil sapplique adéquatement dans le cadre dun régime dexemption élargie?
- Comment le revenu passif gagné par les entités étrangères non contrôlées devrait-il être traité?
- Les dispositions contre lérosion de lassiette fiscale devraient-elles être revues pour répondre aux besoins des entreprises qui fabriquent et confient en sous-traitance leur produit dans plusieurs juridictions?
- Existe-t-il dautres genres de transaction auxquelles les dispositions contre lérosion de lassiette fiscale devraient sappliquer?
- Existe-t-il une façon de simplifier les règles concernant le REATB tout en permettant datteindre les objectifs de politique de limpôt sous-jacents?
- Y a-t-il dautres questions ou options liées à limposition des revenus passifs des sociétés étrangères qui devraient être revues et étudiées?
3 Voir : Inland Revenue Department, Policy Advice Division et New Zealand Treasury, New Zealands International Tax Review: Developing An Active Income Exemption for Controlled Foreign Companies, octobre 2007, paragraphe 1.7 et pages 7 à 15.
4 Voir le document de travail du Royaume-Uni : HM Treasury et HM Revenue and Customs, Taxation of Companies Foreign Profits: Discussion Document, juin 2007, page 10.
5 De nouvelles règles touchant les fiducies non résidentes ont également été proposées. Comme pour les règles touchant les EPE, les règles proposées touchant les fiducies non résidentes sont complexes et ont été révisées à plusieurs reprises. Ces règles devraient affecter principalement les particuliers mais leur application pourrait être plus large en raison de la portée étendue de ces règles.

