4. Retenues dimpôt
Règles en vigueur
4.1 Les investisseurs étrangers ainsi que les autres non-résidents sont assujettis à un impôt canadien de 25 % sur les intérêts, les dividendes, les redevances, les loyers et certains autres paiements provenant du Canada. Étant donné que les résidents canadiens ont lobligation de prélever cet impôt sur les paiements effectués à des entités étrangères, cet impôt est mieux connu sous la désignation de « retenue dimpôt ».
4.2 Les conventions fiscales conclues par le Canada prévoient généralement des taux de retenues dimpôt plus faibles. La plupart des conventions fiscales conclues par le Canada ramènent ce taux à 10 % pour les intérêts et les redevances et à 5 % pour les dividendes versés par une filiale canadienne à un actionnaire étranger qui détient un intérêt important dans la filiale canadienne. Les dividendes résultant dinvestissements de portefeuille sont en général assujettis à un taux réduit de 15 %.
4.3 La loi fiscale canadienne prévoit des exemptions de retenue dimpôt pour certains types de paiements ainsi que pour des paiements faits à certaines personnes ou en provenance de certaines personnes. À titre dexemple, le Canada nexige pas la retenue dimpôt sur les intérêts versés à légard dun titre de créance cautionné par le gouvernement du Canada et de certaines redevances payées pour lutilisation dœuvres artistiques protégées par le droit dauteur. Des exemptions sont aussi accordées en vertu de certaines conventions fiscales, notamment dans le cas des redevances versées à légard des logiciels, des brevets et du savoir-faire.
4.4 Une nouvelle exemption touchant lintérêt versé aux prêteurs étrangers non liés (« intérêt payé à des personnes sans lien de dépendance ») est entrée en vigueur le 1er janvier 2008. Ainsi, une société canadienne peut dorénavant recevoir un prêt consenti par une personne ou institution financière étrangère non liée, et ce prêteur étranger ne sera plus assujetti à la retenue impôt.
4.5 La retenue dimpôt sur les intérêts versés à des prêteurs américains liés (« intérêts payés à des personnes avec lien de dépendance ») sera abolie progressivement sur trois ans, et ce, en vertu des changements annoncés récemment à la convention fiscale entre le Canada et les États-Unis. De ce fait, si une filiale canadienne verse des intérêts sur un prêt contracté de sa société mère américaine, aucune retenue dimpôt ne sera effectuée par le Canada. Cette nouvelle exemption ne vise que les versements dintérêts transfrontaliers entre le Canada et les États-Unis, et les intérêts payés à des prêteurs avec lien de dépendance mais ne résidant pas aux États-Unis continueront de faire lobjet dune retenue dimpôt.
Questions soulevées par les règles en vigueur
4.6 Un régime de retenues dimpôt peut compter plusieurs justifications. Au même titre que limpôt sur le revenu des sociétés, les pays pratiquent des retenues dimpôt dans le but dimposer un revenu dont la source est à lintérieur de leurs frontières. Les retenues dimpôt peuvent aussi servir à réduire ou à atténuer lérosion de lassiette dimpôt sur le revenu des sociétés qui résulte de la déductibilité des dépenses dentreprises telles que les intérêts, les loyers et les redevances. Enfin, les retenues dimpôt sur les dividendes versés à des actionnaires étrangers à légard dinvestissements de portefeuille peuvent être considérées comme un substitut pour limpôt personnel qui serait payable si ces actionnaires résidaient au Canada.
4.7 Tout comme les autres taxes, les retenues dimpôt ont probablement un impact négatif sur lactivité économique. Cet effet défavorable est dû en partie au fait que les retenues dimpôt sont imposées sur les revenus bruts et non sur le revenu net. Cet effet est toutefois réduit dans la mesure où les investisseurs étrangers peuvent soustraire limpôt retenu à la source des impôts à payer dans leur pays de résidence (leur taux dimposition global demeurant alors inchangé) ou peuvent atténuer leur fardeau fiscal en substituant à des transactions qui font lobjet dune retenue dimpôt des transactions alternatives qui en sont exemptes (par exemple, en capitalisant une filiale par voie de dettes plutôt que de capitaux propres dans le but déviter la retenue dimpôt applicable aux dividendes).
4.8 Les sociétés canadiennes ayant des investissements à létranger peuvent également être assujetties à des retenues dimpôt étrangères sur les revenus tirés de ces investissements. Les ententes avec dautres pays ayant pour but la réduction ou labolition des retenues dimpôt peuvent ainsi apporter un avantage supplémentaire : celui dalléger le fardeau fiscal de groupes dentreprises établies au Canada, ce qui accroît pour le Canada le rendement du capital investi à létranger par ces entreprises. Les entreprises canadiennes seraient les plus à même de profiter dune réduction ou abolition des retenues dimpôt étrangères sur les dividendes, puisque ces retenues ne donnent généralement pas droit à un crédit au Canada lorsque payées sur les dividendes reçus de leurs sociétés étrangères affiliées.
4.9 Dun point de vue coût-bénéfice, afin détablir si une diminution plus importante de la retenue dimpôt appliquée par le Canada représente un moyen efficace dalléger le fardeau fiscal au Canada, les possibles avantages économiques décrits ci-dessus doivent être évalués en regard de la perte de revenus que le gouvernement subirait. Cette perte représente la baisse des revenus tirés de la retenue dimpôt par le Canada, de laquelle est soustraite laugmentation des revenus fiscaux découlant de la diminution des crédits réclamés au Canada à légard des retenues dimpôt étrangères payées par les sociétés canadiennes sur leurs revenus dinvestissements de sources étrangères. Des revenus fiscaux additionnels pourraient également découler de la réduction ou de labolition de la retenue dimpôt, dans la mesure où ce changement entraînerait des retombées économiques positives pour le Canada. Le total des retenues dimpôt perçues par le gouvernement fédéral de 2000 à 2005 est présenté au tableau suivant, obtenu du ministère des Finances, selon le type de paiement assujetti à la retenue dimpôt.
| Retenues dimpôt perçues sur les paiements versés à des non-résidents, de 2000 à 2005 (millions de dollars) | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
Dividendes directs |
Autres dividendes |
Intérêts |
Loyers et redevances |
Autres paiements* |
Total |
|
2000 |
||||||
Américains |
462 |
244 |
242 |
310 |
142 |
1 399 |
Autres non-résidents |
251 |
204 |
250 |
252 |
153 |
1 110 |
Total |
713 |
448 |
492 |
562 |
295 |
2 510 |
2001 |
||||||
Américains |
507 |
242 |
303 |
344 |
163 |
1 559 |
Autres non-résidents |
232 |
225 |
314 |
272 |
161 |
1 203 |
Total |
739 |
467 |
617 |
615 |
324 |
2 762 |
2002 |
||||||
Américains |
552 |
289 |
284 |
368 |
246 |
1 738 |
Autres non-résidents |
238 |
179 |
231 |
308 |
145 |
1 101 |
Total |
790 |
468 |
514 |
676 |
390 |
2 838 |
2003 |
||||||
Américains |
422 |
303 |
296 |
367 |
244 |
1 633 |
Autres non-résidents |
268 |
198 |
253 |
363 |
167 |
1 249 |
Total |
690 |
501 |
549 |
730 |
411 |
2 881 |
2004 |
||||||
Américains |
469 |
455 |
341 |
384 |
214 |
1 863 |
Autres non-résidents |
309 |
222 |
335 |
349 |
164 |
1 379 |
Total |
778 |
678 |
676 |
733 |
378 |
3 242 |
2005 |
||||||
Américains |
998 |
431 |
381 |
404 |
533 |
2 747 |
Autres non-résidents |
364 |
309 |
336 |
326 |
202 |
1 537 |
Total |
1 362 |
739 |
717 |
730 |
734 |
4 283 |
* Comprend la retenue dimpôt sur les prestations sociales, les revenus de pensions et dautres types de revenus.
Source : Agence du revenu du Canada, déclaration NR4.
Options à envisager
4.10 Intérêt payé à des personnes avec lien de dépendance : La retenue dimpôt sur les intérêts versés à des prêteurs liés aux États-Unis sera abolie progressivement sur trois ans, et ce, en vertu des changements annoncés récemment à la convention fiscale entre le Canada et les États-Unis. Le Canada devrait-il négocier des exemptions similaires avec des pays autres que les États-Unis? Plusieurs pays industrialisés, comme la France, lAllemagne, la Norvège et la Suède, nappliquent aucune retenue dimpôt aux intérêts versés à des entités étrangères. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont convenu daccorder une exemption de retenue dimpôt à la plupart des partenaires ayant conclu des conventions fiscales avec eux. Les intérêts versés entre sociétés associées résidentes de pays membres de lUE sont exonérés de retenues dimpôt en vertu dune directive de lUE qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2004.
4.11 Dividendes versés par des sociétés affiliées à leurs sociétés mères étrangères : Les conventions fiscales conclues par le Canada prévoient en général un taux de retenue dimpôt maximal de 5 % pour les dividendes versés par des filiales canadiennes à leurs sociétés mères étrangères qui détiennent plus que des investissements de portefeuille dans ces filiales. Lune des options qui soffre au Canada est de négocier avec ses principaux partenaires économiques des exemptions bilatérales pour de tels dividendes. Les dividendes versés entre pays membres de lUE par des filiales à leurs sociétés mères étrangères sont exempts de retenues dimpôt depuis 1992 en vertu dune directive de lUE. Plusieurs pays industrialisés, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, lAustralie et le Japon, ont récemment convenu dabolir, en vertu de quelques-unes de leurs conventions fiscales, leur retenue dimpôt sur les dividendes versés par une filiale à sa société mère étrangère.
4.12 Redevances : Les conventions fiscales conclues par le Canada prévoient en général un taux de retenue dimpôt maximal de 10 % sur les redevances. Le Canada a aussi négocié des exemptions et des taux plus faibles applicables aux redevances à légard des logiciels, des brevets et du savoir-faire dans environ le tiers de ses conventions fiscales. Lune des options qui soffrent au Canada est de négocier des exemptions pour dautres genres de redevances (par exemple, pour les connaissances et les technologies non brevetées, pour lusage de marques de commerce et dappellations commerciales, ou pour des droits dauteur ne faisant pas déjà lobjet dune exemption). Une deuxième option est de négocier des exemptions générales pour tous les genres de redevances. La politique américaine sur les conventions fiscales est daccorder une exemption de retenue dimpôt pour toutes les redevances. Les redevances versées entre les sociétés associées résidentes de pays membres de lUE sont aussi exemptes de retenue dimpôt en vertu dune directive de lUE qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2004.
Questions concernant les retenues dimpôt
- Le Canada devrait-il réduire davantage la retenue dimpôt applicable aux paiements versés aux résidents dautres pays? Si oui, quels autres paiements devraient être exemptés ou imposés à un taux plus faible?
- Le Canada devrait-il mettre en œuvre dautres exemptions ou réductions de taux de façon unilatérale, en modifiant les lois fiscales canadiennes, ou de façon bilatérale, en modifiant les conventions fiscales quil a conclues?
- Quelles autres modifications, le cas échéant, pourraient être apportées afin que de nouvelles réductions de retenues dimpôt naffectent pas lassiette de limpôt sur le revenu des sociétés au Canada?
- Y a-t-il dautres questions ou options liées aux retenues dimpôt qui devraient être revues et étudiées?

